Il est là, installé à l’ombre des acacias, nonchalamment assis sur son fauteuil à bascule fumant son cigare avec délicatesse, entouré de ses perroquets, de son chien couché à ses pieds.
Il a l’air absent, ses yeux verts regardent ailleurs, ils ont l’air perdu dans le vague, comme en communication avec ailleurs, au-delà d’ici. Sa peau est noire et burinée par le soleil, ses rides de vieux baroudeur et son corps svelte et musclé.

Malgré ses 80 années de sagesse, de voyages, de méditation, de rencontres, il a l’air jeune, il pense et raisonne comme un enfant qui aurait découvert et compris le monde, les hommes et leurs tourments.
Les gens du village l’appellent « Docteur Prof ».

La vie, l’amour c’est sa vie. Il la déguste avec finesse, avec élégance, il danse avec la vie comme on danse avec sa bien-aimée. Il savoure et goûte chaque instant de la vie, pour lui chaque chose vibre, s’exprime, raconte, interfère, émerveille, nourrit, illumine. Pour lui tout est dans tout, chaque chose est un tout unique, chaque chose est un enseignement, une richesse infinie.
Il se lève avec grâce pour m’accueillir, il me regarde comme si j’étais son meilleur ami. Je suis touché, ému, presque gêné de tant de sollicitude. Il a la souplesse d’un danseur de tango, ou peut-être d’un acrobate. Lorsqu’il se déplace, on dirait qu’il frôle le sol, détaché, délivré de toute apesanteur.
Je reste muet, sans doute l’émotion de tant d’amitié spontanée et aussi certainement sa posture quasi biblique qui m’oblige au silence.

Nous nous asseyons tranquillement sous cet arbre protecteur et je contemple ce havre de paix, le chant des oiseaux, le bruit du ruisseau qui gazouille à 50 mètres de nous, les feuilles des arbres qui bruissent comme pour nous faire des signes de joie.

Voici mon paradis, me dit-il, les yeux étincelants de bonheur. C’est ici que je vis depuis 30 ans après avoir été professeur d’université dans quelques villes européennes.
D’autres personnes arrivent à leur tour et s’installent tranquillement sur des bancs, ou sur des troncs d’arbres découpés à cet effet, on partage un verre d’eau, on se présente, l’ambiance est chaleureuse, on rit, puis sans que quiconque ne le demande, un silence s’installe comme instinctivement.

Docteur Prof est leur prêcheur, leur conseiller, leur mentor, leur source d’inspiration. Je suis venu entendre et voir, intrigué, curieux.
Docteur Prof monte sur un petit banc demeuré libre et prend la parole et de sa voix pleine de rires et de sourires :

Chers amis, merci d’être venu encore une fois.
Vous le savez, je m’émerveille de la beauté du monde et dans le même temps je suis fasciné par la bêtise des hommes. Mais je vous rassure, j’ai une bonne nouvelle, tout cela est en train de changer. L’énergie de la terre est plus forte, plus sereine, plus intelligente que cette bêtise destructrice qui fait de l’homme son propre ennemi.

La nature a survécu à bien des changements, des catastrophes depuis des millénaires et elle a toujours survécu.

L’homme, lui, meurt, se détruit, se mutile depuis des lustres. Il ne vit pas, il se débat et combat ses propres incohérences. Il a perdu le sens de la vie et de l’amour. Il court après la gloire, les honneurs, le pouvoir, les richesses matérielles. Il a créé un système économique fondé sur des croyances idiotes et tout s’écroule.

Chaque grande civilisation a fait les mêmes erreurs au nom des mêmes croyances. Lisez l’histoire grecque, analysez la période des Égyptiens, apprenez la période des Éthiopiens, pour ne citer qu’eux, chaque ethnie a eu son heure de gloire et chacune a disparu.

Et à chaque fois, la civilisation dominante suivante croit être plus intelligente que la précédente, mais elle reproduit les mêmes effets avec les mêmes causes et nous assistons aux mêmes finalités.
L’homme a oublié l’amour et la vie. Il les cherche en dehors de lui-même, il veut les attraper, les posséder, les monnayer. L’homme ne s’aime plus, il cherche à se séduire, à se donner l’illusion, à paraître. Il ne sait plus recevoir, accueillir, partager ou tout simplement être.

Mes amis l’énergie de cette terre change et ceux qui n’évoluent pas risque d’en souffrir.

Prenez conscience de ce qui se passe en ces temps. Peut-être allez-vous le remarquer. Vos faux amis vont vous quitter ou peut-être allez-vous vous en éloigner sans vous en rendre compte. Certaines personnes prises dans le paraître et l’ego vont connaître des moments difficiles, des faillites, des maladies, des exclusions, des deuils ou peut-être mourir d’eux-mêmes.

Des âmes pleines de vie et d’ambitions humanistes vont se réveiller, accueillez-les, ne les étouffés pas.

Regarde bien le monde, il n’est pas en crise, il vit dans le culte de la mort parce qu’il n’y a plus aucun leader sur cette terre pour nous donner un espoir, une vision, une passion, un modèle de vie et d’amour. La vie actuelle n’a plus de sens pour beaucoup, car elle est fondée sur la mort des uns au profit des autres qui eux-mêmes sont en train de se suicider.

Les riches se suicident de ne rien partager et de s’enrichir sur la mort de leurs congénères. Les riches pillent les nations, les pays, détruisent l’environnement sans vergogne laissant une terre inculte à leurs enfants.

Quelles richesses vont-ils créer lorsque tout ne sera que friches et détritus, lorsque leurs concitoyens seront épuisés, malades et en déconfiture psychologique et matérielle.

Aujourd’hui un enfant qui naît c’est un chiffre d’affaires, un ego à gonfler, les uns se nourrissent de la vie des autres comme des anthropophages boulimiques, leur âme est déjà morte.

L’amour est devenu une image, un ensemble de critères matériels et physiques, la vie est désormais une suite de chiffres, d’étapes structurées où l’intelligence humaine et la créativité ne peuvent plus trouver leur place.

Les diplômes perdent de leur valeur d’années en années, les écoles vendent de la gloire et des honneurs, mais ne forment plus des hommes ou des femmes à penser, à réfléchir, à avoir une ambition pour leur peuple ou plus simplement pour leur famille.

L’homme n’a plus d’ambitions collectives, il n’a plus que des ambitions personnelles. Nous sommes en pleine décadence.

Vous passez plus de temps à mettre des messages plus ou moins stupides sur des Facebook, lieu virtuel d’expression d’un moi en désespérance, vous êtes plus concentrés à faire briller numériquement votre ego qu’à vous occuper de vos familles, de vos amis, vous entretenez le superficielle au détriment de l’essentiel.

Dans le même temps, peut-être qu’à côté de chez vous, votre voisin se meurt, se suicide, un enfant est battu, une femme est violée, un homme en tue un autre.

Pendant que vos gouvernements serviles obéissent aux multinationales, pillent votre territoire et entretien des liens étroits avec la criminalité, vous mettez vos vieux dans des maisons de retraite, vous coupez vos racines, vous n’éduquez plus vos enfants, vous les confiez à des états qui les transforment en esclaves du système, vous êtes manipulés par le paraître, la peur, on vous inocule la paranoïa, l’égoïsme, l’égocentrisme, vous êtes devenus des proies, vous avez peur, vous fuyez la réalité.

Vous croyez faire de la culture en organisant des fêtes avec des groupes de hard rock ou des parades en tout genre. Le niveau culturel des nations baisse régulièrement année aprés année, on vous lobotomise et vous vous laissez faire.

Où sont vos valeurs humanistes qui ont construit des mondes brillants, donné naissance des civilisations intelligentes hélas aujourd’hui disparues.
Le sens de l’effort, de l’opiniâtreté, du partage n’existe plus.

Les banques vous pillent en usant d’artifices veules. Les agences de notation baissent les cotes de crédit des pays, les banques en profitent pour tripler leurs taux d’intérêt et donc leurs bénéfices et ce sont les hommes et les femmes les moins aisés qui payent avec leurs impôts, car les riches échappent aux impôts.

Pendant que vos politiciens incompétents, voire corrompus se soumettent au système et permettent aux riches d’échapper aux taxes, vous assistez silencieux et soumis au plus grand hold-up du siècle.
Sommes-nous à veille d’une révolution ?

Pour qu’il y ait des révolutions, il faut que le peuple ait faim et aujourd’hui il mange à pas cher, de la nourriture génétiquement modifiée, du gras et du sucre qui mettent la santé en péril pour le plus grand bénéfice des laboratoires pharmaceutiques.

Alors ne vous étonnez pas si l’énergie de la terre change, si comme je le pense, ces gros ego égoïstes s’en viennent à disparaître, si le monde se met à bouger pour survivre, si des âmes se réveillent, car c’est la révolution des âmes que nous allons vivre, c’est la révolution des âmes qui est en train de se produire.

Voilà pourquoi je me suis retiré au fin fond de mon pays natal pour me retrouver avec les miens, voilà pourquoi je refuse désormais d’enseigner selon des normes abjectes qui consistent à faire croire aux élèves qu’ils sont bons sans effort en leur accordant des notes élevées malgré des résultats médiocres.

Voilà pourquoi j’enseigne maintenant ici aux enfants de mon village le sens du travail, de la famille, de la vie et de l’amour, le sens du respect et de l’engagement, ces valeurs incontournables qui donnent à chaque être une structure, une colonne vertébrale et une âme forte. Cet enseignement qui fera d’eux, à terme, les meilleurs dans leur domaine de compétence.

Car il y a une nouvelle façon de vivre et de consommer, une nouvelle façon d’exister.
Cette nouvelle façon d’être va se développer de plus en plus.

Cela repose sur quelques points précis pour commencer.

Partager, partager son savoir, ses idées, son temps avec ceux de notre entourage qui en ont le plus besoin. Coupez votre télévision, n’utilisez internet que pour l’essentiel, réunissez-vous, communiquez, parlez, échangez.

Achetez seulement ce dont vous avez strictement besoin auprès de commerçants et de marques qui traitent leur personnel avec respect, qui les rémunèrent justement et qui partagent intelligemment les bénéfices.

Excluez de vos achats toutes les entreprises, dont les présidents, et les membres de la direction touchent des salaires et des primes indécents.

Excluez de vos achats toutes les entreprises qui pillent et polluent la planète.

Ne votez que pour des femmes et hommes politiques qui déclarent leur fortune et leurs revenus et qui s’engagent à démissionner par contrat s’ils sont pris la main dans le sac.

Soutenez de vrais leaders.

Privilégiez par principe la production locale des fruits, légumes, viande et autres aliments, achetez si possible directement aux producteurs locaux.

Détournez-vous des personnes qui trichent, mentent, volent, qui ne respectent pas leur parole.

Arrêtez de vouloir que l’état prenne tout en charge, ayez des initiatives citoyennes et alors, obligez les états à baisser les taxes et à réduire ses structures.

Défendez la culture, la vraie, celle qui apprend à penser à réfléchir, à analyser, à posséder le sens critique à créer.

Éduquez vos enfants, enseignez-leur les civilités, le respect l’engagement, l’effort, la lecture, le goût du beau, la puissance de l’art et le plaisir de créer.

Virez tous les mauvais profs du système éducatif, tous ceux qui tirent au flanc, qui refusent d’évoluer, qui refusent d’enrichir intellectuellement leurs élèves. Ses professeurs-là sont des voleurs d’âmes.
Les hommes et les femmes doivent se comporter avec audace, en étant fiers de leurs engagements et de ces valeurs.

Libérez vos âmes, ne soyez pas stressé du lendemain, n’essayez pas de contrôler la vie et de lui imposer vos normes. Dansez avec la vie, soyez des aimants de la vie, lâchez prise sur des croyances qui sont fausses.

Voilà en synthèse mes amis, ce que je voulais vous dire aujourd’hui, voilà ce que je crois pour ouvrir le débat, pour nourrir le réflexion, pour vous dire que nous pouvons vivre autrement, différemment, sereinement.

La discussion est maintenant ouverte entre nous, je vous propose une pose de rafraichissement et nous allons après débattre de tous ces thèmes pour que vous puissiez exprimer vos idées, vos réactions.
Tournant la tête vers chacun d’entre-nous il ajouta, mettez-vous en route, osez être des hommes et des femmes responsables, pas des victimes et encore moins des dépouilles. Ne détruisez pas, construisez !

Puis le silence retomba !
Docteur Prof avait les yeux humides en regardant les enfants jouer à côté de lui dans une grande insouciance. Il les regardait avec amour et ajouta en les contemplant, nous sommes simplement en train de tuer leur avenir alors pourquoi leur avons-nous donné la vie ?
Chacun restait silencieux, en accord ou dubitatif, parfois en désaccord, comme si le discours de Docteur Prof résonnait encore, continuait dans leur tête, prenait corps, donnait du sens, provoquait des réactions.

On pouvait être en accord ou non avec ses idées, on pouvait en ajouter, en retirer et je partageais comme d’autres le fait que si chacun de nous faisait juste un geste, accomplissait une infime partie de tout cela, multiplié par des millions de personnes dans le monde, alors les hommes et les femmes pourraient peut-être redevenir maîtres de leur destinée, car rien n’est écrit d’avance, chaque instant est un choix entre l’amour ou la haine, le dédain ou la compassion, la fierté d’être vivant ou mort vivant, le fait d’être porteur de vraies valeurs humaines ou plein d’orgueil.

Alors que je déambulais songeur à l’ombre des acacias, une jeune femme étincelante de beauté vint vers moi.

Puis-je vous offrir notre bien le plus précieux me dit-elle avec un sourire et un regard plein de tendresse et de charme ?

Elle me tendait de sa main gracieuse un verre d’eau tout simple, cette eau que nous gâchons sans cesse et qui pour eux est un trésor infini. Mon père à raison me dit-elle fière et droite comme une déesse grecque porteuse d’un message immense pour l’humanité.
Je partage ces pensées, effectivement, dis-je en la regardant sans pouvoir détacher mon regard quasi hypnotisé par ses yeux noirs en forme amandes. Il y a un énorme travail d’éducation, d’information, de formation à accomplir, ces quelques jours avec lui vont m’apporter beaucoup avouais-je.

Puis me tournant à ses côtés et regardant ce vieil acacia qui nous avait protégé du soleil je lui dis : Vous connaissez sans doute ce poème, celui de Rudyard Kipling, Si.

C’est un point de départ me répondit-elle avec le sourire certain de ceux qui possèdent la joie, la force et la conviction, avec la force de ceux qui savent où ils vont et pourquoi.
J’ajoutai, il y a une version chantée par Bernard Lavilliers qui me rappelle bien des souvenirs.
On ne vit pas dans les souvenirs, me dit-elle, on vit avec… pour construire l’avenir de nos enfants en tentant de supprimer les erreurs du passé.
Je l’ai regardée dans les yeux, elle était une âme était magnifique, une de ces âmes dont on sait qu’elle va participer à l’évolution de la vie, à la renaissance de l’amour.

Docteur Prof nous attendait pour lancer les débats…
La révolution des âmes semble avoir commencé.

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Didier Reinach

Expert en leadership
Créateur de la Symbiocratie®
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